Isabelle Battolla

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PROJET 2012-texte de Marie-Dominique Kessler

Isabelle Battolla

Les céramiques récentes d’Isabelle Battolla, tout en creux et en courbes,  semblent émerger d’un lieu mystérieux, eau mêlée de nuit (Gaston Bachelard). Comme ses sculptures précédentes, elles me font penser à d’immenses coquillages que  nul n’aurait vu encore, déposé depuis longtemps dans un fonds marin. Mais de nouvelles formes apparaissent. Et certaines céramiques évoquent maintenant des os, des crânes, squelettes qui pourraient être des profondeurs océanes, mémoire de tragiques destins et tout à la fois rappel de la réalité de notre condition de mortels. Un très bel ovale en forme de crâne évoque un casque, attribut guerrier qui aurait pu finir dans les abîmes. Casque ou crâne, la puissance d’évocation renvoie l’imaginaire très profondément dans le temps et dans des sensations archaïques multiples.

 Sculpture d’abysses, l’œuvre d’Isabelle est toute en contrastes de matière : la brillance nacrée de la porcelaine longuement travaillée à la main comme elle pourrait l’être par l’eau  révèle sur son envers une texture rugueuse et brute comme celle d’une huître. Certaines sculptures sont façonnées dans une terre sombre, porteuse d’une grande luminosité. Il faut relever ce choix d’Isabelle de travailler avec des terres d’origines différentes. Elle a ainsi commencé une série où les formes se répètent, presque identiques, mais faites chacune dans une terre différente : cet ensemble donne à sentir la diversité dans de très fines nuances.

La recherche d’Isabelle porte avant tout sur la matière elle-même, sur cette terre qui résiste et répond à l’action de l’artiste et au regard de l’observateur  avec ses craquelures, ses brillances, ses accidences,  imprévisible et vivante de cette résistance, mettant à jour ce qu’elle est vraiment, dans la beauté du vrai. La matière parle ainsi de son vécu et nourrit l’imaginaire de celui qui regarde. Certes Isabelle y met son imaginaire, y met de sa main, par un travail patient, mais elle laisse à la terre une très grande liberté, cherchant d’avance l’accident, l’imprévu qui va se produire dans le processus de cuisson, l’inattendu qui va permettre à la céramique de parler par elle-même. Ces fentes, ces craquelures, cette texture accidentée deviennent le support de notre imaginaire, un voyage.

Le jeu des vides et des pleins se déploie, traversant  de façon répétée cette frontière entre  des sensations lisses, rugueuses, satinées, fragmentées. La frontière relie, ne sépare pas, des perceptions très contrastées. Pas d’intérieur, pas d’extérieur, le regard suivant un retournement constant des surfaces. Il n’y a pas d’enfermement dans ce monde, mais au contraire une grande ouverture qui laisse voir et penser l’intérieur et l’extérieur des choses. Certaines formes rappellent aussi des barques primitives, proues blanches sur l’élément aquatique cette fois, ovale à peine suggéré par une terre qui se soulève avec légèreté.

Il est évident  qu’Isabelle va plus loin et plus puissamment qu’auparavant dans sa démarche de céramiste. Elle cherche d’abord la découverte, l’accident qui va ouvrir sur l’inconnu.

Août 2011, Marie-Dominique Kessler

 

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