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Siripoj Chamroenvidhya

 

Doi – Tung

 

Sans titre,(Doi-Tung), 2007, fusain sur papier, 150 x 280 cm, reproduction: Fausto Pluchinotta

 

Ni nocturne, ni diurne  

Ni aubes, ni crépuscules, ou noir-blanc ou blanc-noir, «Ou bien..., ou bien» (Kierkergaard) sont les dessins de Siripoj Chamroenvidhya. «Peints» au fusain, ses paysages noirs, contaminés de la mélancolie (de grec: humeur noir) rationnelle duchampienne, évoquent une trajectoire de tableaux romantiques religieux de Gaspar-David Friedrich aux paysages radicals profanes de Gerhard Richter. Le manque de l'homme, voire des choses relatives, dans les paysages de Siripoj évoque aussi Claude Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques: «le monde a commencé sans l'homme et il s'achèvera sans lui».

La force et la beauté de ses paysages désertiques, repose sur l'extrême économie des moyens. Son application du fusain sur le papier est un acte dessinal radical, à savoir que le fusain et le papier sont de la même substance, le bois. L'artiste les laisse tel quel à une esthétique de la matière. Il accorde une attention particulière au traitement de la surface du papier. Avec limpidité il définit le moment d'arrêter le dessin, comme un photographe émérite définit le juste moment où le blanc du papier dans l'émulsion chimique doit prendre son rôle d'«accomplissement» de l'image. Son paysage devient poétique: le papier «dessine» le fusain.

Ni figuratifs, ni abstraits formellement, figuratifs et abstraits sémantiquement, dépouillés de toute temporalité, les fusains mentionnent une modernité perpétuellement non-achevée. Utilisant l'iconographie du quotidien, par un «lyrisme documentaire», l'artiste propose son dessin comme une grande «photocopie» en noir, «un noir comme une couleur de lumière», pour reprendre les mots de Matisse. Chaînes de montagnes, silhouettes de collines, troncs d'arbres et arbres déracinés sont vus en front, en biais et «de dos». Doi Tung bis, une image d'arbre biseauté et «traînée» horizontalement sur le mur est devenue une fresque, un savoir-penser-faire par excellence («penser et dessiner sont pour moi une seule et même chose», dit l'artiste). Les paysages «conceptualisés» qui  évoquent inévitablement les jardins asiatiques de son enfance, ils occupent la place centrale de son travail. En dimensions anthropométriques, Doi Tung (collines vues du sommet d'une autre colline), Gulf de Siam (image horizon), Triangle d'Or (avec son horizon «monumental») et Kung Kraben (des troncs sans arrière-plan), sont des paysages suisse et thaïlandais «bilatéralement naturalisés» d'où le titre «Ao Kung Kraben, Doi Tung, Le Rhône et Grindelwald» de l'exposition à Andata/Ritorno.  

Bujar Marika, septembre 2007

 

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